La COVID-19 n’a entraîné qu’une réduction temporaire des émissions de carbone Nous ne sommes pas sur la bonne voie pour atteindre les objectifs climatiques de l’Accord de Paris

sam, 04/12/2021 - 16:30

16 septembre 2021, La COVID-19 n’a pas ralenti l’avancée inexorable du changement climatique. Rien n’indique que la reprise s’accompagne d’une croissance plus verte : les émissions de dioxyde de carbone se redressent rapidement après un creux temporaire dû au ralentissement économique, et sont très loin des objectifs fixés en matière de réduction. Les concentrations de gaz à effet de serre dans l’atmosphère se maintiennent à des niveaux records qui placent notre planète sur une trajectoire de réchauffement dangereux, selon un nouveau rapport interorganisations intitulé United in Science 2021.

La hausse des températures mondiales attise les phénomènes météorologiques extrêmes dévastateurs dans le monde entier, entraînant une spirale de répercussions sur les économies et les sociétés. Plusieurs milliards d’heures de travail ont été perdues rien qu’à cause de la chaleur. La température moyenne du globe au cours des cinq dernières années a été l’une des plus élevées jamais enregistrées. Selon le rapport, il y a de plus en plus de probabilités que les températures dépassent temporairement le seuil de 1,5 °C au-dessus des niveaux préindustriels au cours des cinq prochaines années.

 

L’ampleur des changements récents dans l’ensemble du système climatique est sans précédent depuis plusieurs siècles à plusieurs millénaires. Selon le rapport, même si des mesures ambitieuses sont adoptées pour ralentir les émissions de gaz à effet de serre, le niveau des mers continuera à augmenter, menaçant les îles de faible altitude et les populations côtières du monde entier.

« C’est une année décisive pour l’action climatique. Ce rapport élaboré par les Nations Unies et plusieurs organisations scientifiques mondiales partenaires dresse une présentation globale des données climatologiques les plus récentes. Il nous montre de façon alarmante à quel point nous sommes éloignés du but », a indiqué le Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies, António Guterres.

« Nous restons très en retard sur les objectifs de l’Accord de Paris. Cette année, les émissions émanant de combustibles fossiles ont rebondi, les concentrations de gaz à effet de serre ont continué à augmenter et de graves phénomènes météorologiques amplifiés par les activités humaines ont affecté la santé, les vies et les moyens de subsistance des populations de chaque continent. À moins d’une réduction immédiate, rapide et à grande échelle des émissions de gaz à effet de serre, il sera impossible de limiter le réchauffement à 1,5 °C, ce qui aura des conséquences catastrophiques pour les populations et la planète dont nous dépendons », a-t-il déclaré dans l’avant-propos.

Le rapport United in Science 2021, troisième opus de cette série, est coordonné par l’Organisation météorologique mondiale (OMM) et a reçu des contributions du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), du Projet mondial sur le carbone (GCP), du Programme mondial de recherche sur le climat (PMRC) et du Met Office (Royaume-Uni). Il présente les données et découvertes scientifiques en matière de changement climatique les plus récentes en vue d’étayer les politiques et les actions menées à l’échelle mondiale. « Tout au long de la pandémie, on nous a répété que nous devions “reconstruire en mieux” pour placer l'humanité sur une trajectoire plus durable et éviter les pires effets du changement climatique sur la société et les économies. Ce rapport montre que pour l’heure, en 2021, nous n’allons pas dans la bonne direction », a fait valoir le Secrétaire général de l’OMM, M. Petteri Taalas.

Points essentiels

Concentrations de gaz à effet de serre dans l’atmosphère (Veille de l’atmosphère globale de l’OMM)

  • Les concentrations des principaux gaz à effet de serre – dioxyde de carbone (CO2), méthane (CH4) et oxyde nitreux (N2O) – ont continué à augmenter en 2020 et au premier semestre de 2021.
  • La réduction des émissions globales en 2020 a probablement freiné l’augmentation annuelle des concentrations de gaz à effet de serre persistants dans l’atmosphère, mais cet effet est trop faible pour pouvoir être distingué de la variabilité naturelle.
  • Une réduction à court terme de la teneur en méthane (CH4) de l’atmosphère pourrait contribuer à la réalisation des objectifs de l’Accord de Paris. Mais il faudra malgré tout réduire fortement, rapidement et durablement les émissions de CO2 et d’autres gaz à effet de serre.

Émissions et bilans mondiaux des gaz à effet de serre (Projet mondial sur le carbone)

  • Les émissions de CO2 d’origine fossile – charbon, pétrole, gaz et ciment – ont atteint un pic de 36,64 GtCO2 en 2019, suivi en 2020 d’une chute exceptionnelle de 1,98 GtCO2 (5,6 %), imputable à la pandémie de COVID-19.
  • Le recul des émissions de CO2 est temporaire et, d’après les estimations préliminaires, les émissions mondiales dans les secteurs de l’électricité et de l’industrie pour la période janvier-juillet 2021 étaient déjà au même niveau ou plus élevées que durant la même période de 2019, avant la pandémie, tandis que les émissions dues au transport routier sont demeurées inférieures d’environ 5 %. Si l’on exclut les transports maritime et aérien, la moyenne des émissions mondiales sur ces sept mois est restée à peu près au même niveau qu’en 2019.
  • Les tendances récentes en matière d’émissions de N2O, troisième gaz à effet de serre par ordre d’importance après le CO2 et le CH4, dépassent celles associées aux trajectoires d’évolution socio-économique présentant la plus forte intensité de gaz à effet de serre utilisées pour étudier le changement climatique futur.

Écart entre les besoins et les perspectives en matière de réduction des émissions (PNUE)

  • Cinq ans après l’adoption de l’Accord de Paris, l’écart entre les besoins et les perspectives en matière de réduction des émissions est plus béant que jamais: les émissions mondiales doivent être inférieures de 15 GtéqCO2 à ce que les contributions nationales inconditionnelles actuelles impliquent pour l’objectif de 2 °C, et inférieures de 32 GtéqCO2 pour l’objectif de 1,5 °C.
  • La crise du COVID-19 n’a réduit les émissions mondiales que de façon temporaire. Elle ne permettra pas de réduire sensiblement les émissions d’ici à 2030, à moins que les pays ne s’engagent sur la voie d’une reprise économique intégrant une décarbonation massive.
  • Le nombre croissant de pays qui se sont fixé des objectifs d’émissions nettes égales à zéro est encourageant, puisque 63 % environ des émissions mondiales sont désormais couvertes par de tels objectifs. Toutefois, pour rester réalisables et crédibles, ces objectifs doivent être transposés de toute urgence dans les politiques à court terme et dans des contributions déterminées au niveau national beaucoup plus ambitieuses pour la période courant jusqu’à 2030.

Le climat mondial en 2017-2021 (OMM)

  • Estimée entre 1,06 °C et 1,26 °C au-dessus des niveaux préindustriels (1850-1900), la température moyenne à la surface du globe pour la période 2017-2021 (sur la base des données relevées jusqu’en juillet) est l’une des plus chaudes jamais enregistrées.
  • Chaque année de 2017 à 2021, le minimum estival et le maximum hivernal moyens de l’étendue de la banquise arctique ont été inférieurs aux moyennes à long terme de 1981-2010. En septembre 2020, l’étendue de la banquise arctique a atteint son deuxième plus bas minimum historique.
  • L’année 2021 a été marquée par des phénomènes météorologiques et climatiques extrêmes et dévastateurs. La chaleur extrême exceptionnelle qui s’est abattue sur l’Amérique du Nord et les inondations qui ont sévi en Europe occidentale portent la signature du changement climatique dû aux activités humaines.

Le climat mondial en 2021-2025 (Bulletin sur les prévisions annuelles à décennales du climat à l’échelle mondiale de l’OMM – Met Office (Royaume-Uni), PMRC, OMM)

  • La moyenne mondiale annuelle de la température de l’air près de la surface devrait être supérieure d’au moins 1 °C aux niveaux préindustriels (définis comme la moyenne de la période 1850-1900) chacune des cinq prochaines années, et devrait très probablement se situer entre 0,9 °C et 1,8 °C.
  • Il y a 40 % de chances que la température moyenne du globe au cours de l’une des cinq prochaines années soit supérieure d’au moins 1,5 °C aux niveaux préindustriels, mais il est très peu probable (~10 %) que la température moyenne sur cinq ans pour 2021-2025 soit supérieure de 1,5 °C aux niveaux préindustriels.
  • Au cours de la période 2021-2025, les régions des hautes latitudes et le Sahel devraient recevoir plus de précipitations que dans le passé récent.

Faits saillants du sixième Rapport d’évaluation du GIEC : les éléments scientifiques

  • Il ne fait aucun doute que l’atmosphère, les océans et les terres se sont réchauffés sous l’influence humaine. Des changements rapides et étendus se sont produits dans l’atmosphère, les océans, la cryosphère et la biosphère.
  • L’ampleur des changements récents dans l’ensemble du système climatique et l’état actuel d’un grand nombre d’aspects du système climatique sont sans précédent depuis plusieurs siècles à plusieurs millénaires.
  • Le changement climatique induit par l’homme a déjà des répercussions sur la fréquence et l’intensité de nombreux phénomènes météorologiques et climatiques extrêmes dans toutes les régions du monde.

Élévation du niveau de la mer et effets sur les côtes (Programme mondial de recherche sur le climat – OMM, COI, CIS)

  • Le niveau moyen mondial de la mer a augmenté de 20 cm entre 1900 et 2018, et le rythme d’élévation s’est accéléré à 3,7+0,5 mm/an entre 2006 et 2018.
  • Même si l’on parvient à réduire les émissions de manière à limiter le réchauffement à un niveau bien inférieur à 2 °C, le niveau moyen mondial de la mer s’élèvera probablement de 0,3 à 0,6 m d’ici à 2100, et pourrait augmenter de 0,3 à 3,1 m d’ici à 2300.
  • Il sera essentiel de s’adapter à cette élévation résiduelle. Des stratégies d’adaptation seront nécessaires sur les territoires qui en sont actuellement dépourvus, en particulier les basses terres littorales, les petites îles, les deltas et les villes côtières.

Canicules, feux incontrôlés et pollution de l’air : les risques d’origine climatique pour la santé s’aggravent mutuellement et se propagent en cascade (OMS/OMM)

  • La hausse des températures est associée à une augmentation de la mortalité et des incapacités de travail liées à la chaleur. Ainsi, le nombre d’heures potentielles de travail perdues dans le monde a-t-il augmenté de 103 milliards entre 2019 et 2000.
  • Les effets conjugués des infections à COVID-19 et des aléas d’origine climatique tels que les canicules, les feux incontrôlés et la mauvaise qualité de l’air menacent la santé humaine dans le monde entier, exposant les populations vulnérables à des risques particulièrement élevés.
  • Il convient d’aligner les efforts de relance post-COVID-19 sur les stratégies nationales en matière de changement climatique et de qualité de l’air, de manière à réduire les risques liés aux aléas climatiques, qui s’aggravent mutuellement et se propagent en cascade, et à générer des co-avantages pour la santé.

« Le message de ce rapport est clair : le temps presse. Pour que la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques de 2021 qui se tiendra à Glasgow, la « COP 26 », marque un réel tournant, il faut que tous les pays s’engagent à réduire à zéro leurs émissions nettes d’ici à 2050, en s’appuyant sur des stratégies concrètes à long terme et sur des contributions nationales renforcées qui permettent à elles toutes de réduire les émissions mondiales de 45 % d’ici à 2030 par rapport aux niveaux de 2010 », a déclaré M. Guterres.

« Nous avons besoin d’accomplir des progrès décisifs en matière de protection des personnes et de leurs moyens de subsistance, en consacrant la moitié au moins de l’ensemble des financements publics alloués du climat au renforcement de la résilience et de la faculté d’adaptation des personnes. Nous devons aussi nous montrer beaucoup plus solidaires, et notamment honorer intégralement les engagements pris de longue date en matière de financement en faveur du climat pour aider les pays en développement à prendre des mesures dans ce domaine. Il n’y a pas d’autre solution si nous voulons un avenir plus sûr, plus durable et plus prospère pour tous. »

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